15 mai 2008

Allier quêtes spirituelles et engagements citoyens

Michel Maxime Egger, le 15.05.2008

Ecologie, spiritualité : la rencontre. Des sages visionnaires au chevet de la planète. C’est sous ce titre que les éditions Yves Michel publient les actes d’un important forum qui a eu lieu en octobre 2004 au Domaine d’Avalon (Savoie). Son objectif était d’établir les fondements d’une « nouvelle alliance » entre les différentes traditions religieuses et les mouvements écologiques au sens large.

En octobre 2004, une rencontre de grande envergure a eu lieu au Domaine d’Avalon (Savoie) sur écologie et spiritualité. Son objectif était d’établir les fondements d’une « nouvelle alliance » entre les différentes traditions religieuses et les mouvements écocitoyens au sens large. Autrement dit, de faire dialoguer et confluer des quêtes spirituelles (individuelles) – où l’humain redécouvre sa dimension divine – et des engagements militants (collectifs) qui refusent que le monde soit réduit à une marchandise. L’idée était d’ouvrir les démarches psycho-spirituelles à une prise en charge responsable du monde et d’enraciner les engagements citoyens dans une verticalité spirituelle. Avec la conviction que la paix intérieure, la solidarité et la justice entre les êtres humains, l’harmonie avec la nature et la relation au Divin constituent les quatre piliers du monde et d’une vie en plénitude. Cet ouvrage offre les actes de ce forum.

Trois lignes de force ressortent de la cinquantaine de contributions, courtes, stimulantes et foisonnantes. Premièrement, la nécessité d’un acte de lucidité, d’ouvrir grand les yeux sur la gravité et l’urgence de la situation de la planète. Deuxièmement, le besoin d’une analyse « radicale » des causes de la crise écologique. Causes culturelles et religieuses qui nous ramènent en particulier au paradigme rationaliste et dualiste de la modernité, mais aussi causes psychologiques et individuelles qui renvoient aux illusions de l’ego, aux peurs, pulsions et blessures intérieures, à « l’esprit de domination et d’orgueil qui rend l’être humain extrêmement agressif envers la nature » (Jean-Marie Pelt). Troisièmement, l’impératif de tracer des voies pour unir écologie extérieure (autour de soi) et écologie intérieure (en soi). La première, qui ne saurait se réduire à un environnementalisme ou à un naturalisme, passe par une révolution des mentalités et une mise en question du modèle de développement occidental ; elle se traduit par des écogestes au quotidien dans tous les domaines de la vie (consommation, alimentation, habitat, etc.). La seconde allie exploration psychologique et recherche spirituelle. Elle se manifeste notamment par un éveil de la conscience, la construction d’une intelligence de l’interdépendance de toutes choses, la redécouverte du féminin dans l’être.

Il s’agit là non seulement de cultiver notre cosmos intérieur en réorientant et accomplissant les énergies qu’il contient (Annick de Souzenelle), mais aussi d’habiter notre corps et d’affiner nos sens pour développer un art de la perception capable de nous mettre en relation avec l’intériorité vivante de la nature, de nous ouvrir aux « zones de langage » que nous partageons avec les animaux, les arbres, les lacs... « Nous sommes humains seulement en convivialité avec ce qui n’est pas humain » (David Abram). Par la respiration – consciente dans la méditation et la prière – l’être humain peut retrouver la dimension invisible (oubliée) du monde visible et communier avec elle.

Cependant, « quelle que soit la voie que l’on choisit, il s’agit de garder du temps pour se ressourcer, pour avoir l’énergie » d’intervenir et d’agir avec d’autres – dans l’amour et en dehors de tout jugement – partout où cela est nécessaire (Yves Mathieu). Le livre fournit de nombreuses ressources (bibliographie, pistes d’action et de réflexion, liste d’associations). Les solutions aux problèmes écologiques existent et sont connues pour une bonne part, mais le passage du dire au faire, du cœur aux mains, se révèle souvent très long, difficile et complexe (Marco Diani).