15 mai 2008

Aux racines de la crise écologique

Michel Maxime Egger, le 15.05.2008

C’est aux racines spirituelles de la crise écologique et aux métamorphoses intérieures qui en découlent que la revue d’anthropologie et de spiritualité La Chair et le Souffle consacre son nouveau numéro : «Vers une écospiritualité. Jalons». Selon trois mouvements : Un dépassement du rationalisme, une refondation anthropologique et cosmologique, une mutation spirituelle et éthique.

Réchauffement climatique, disparition de milliers d’espèces animales et végétales, pollutions diverses, etc. La planète est en danger. Avec elle, la survie même de l’espèce humaine est menacée. Aussi indispensables soient-elles, les lois, les technologies vertes et les chartes éthiques ne suffiront pas à relever ce défi majeur. Car la crise écologique n’est pas seulement au-dehors, mais aussi au-dedans de nous. Elle ne concerne pas seulement nos relations avec la nature, mais aussi notre relation avec nous-mêmes ainsi que nos conceptions du cosmos et de l’être humain.

Le changement réel et durable passe par une transformation intérieure profonde. Il suppose l’émergence d’une nouvelle conscience qui nous libère des dualismes (Dieu-création, esprit-matière, corps-âme, humain-environnement, science-mystique, masculin-féminin) dans lesquels l’Occident s’est enfermé depuis le XVIe siècle, avec l’avènement de la modernité.

C’est aux racines spirituelles de la crise écologique et aux métamorphoses intérieures qui en découlent que la revue La Chair et le Souffle consacre son nouveau numéro : « Vers une écospiritualité I - Jalons ». Celui-ci s’articule sur trois mouvements :

  • Un dépassement du rationalisme. D’un côté, seule une pensée holistique et transdisciplinaire, qui prend en compte le tout plutôt qu’elle ne sépare, permettra de saisir la complexité des enjeux écologiques. De l’autre, l’appréhension du mystère de la Création n’est guère possible sans la naissance à un autre mode de connaissance – contemplatif, symbolique et intuitif – fondé sur l’éveil de l’esprit et du féminin dans l’être. Dans La béatitude, connaissance intuitive de la nature, Jean-François Malherbe montre les illusions du dualisme cartésien et la fécondité écologique de la pensée de Spinoza. De son côté, Mohammed Taleb trace les Itinéraires d’une spiritualité féminine, écologique et rebelle en reliant les béguines et les sorcières du Moyen âge aux écoféministes actuelles.
  • Une refondation anthropologique et cosmologique. L’émergence d’une écospiritualité implique de rendre l’être humain à sa plénitude d’être trinitaire (corps, âme et esprit) et créé à l’image de Dieu. Elle suppose aussi de redonner au cosmos sa consistance propre et sa profondeur intérieure habitée de conscience et de divin. C’est ainsi que je développe Sept propositions pour un réenchantement de la Création et que François Euvé invite à retrouver La dimension cosmique du Christ.
  • Une mutation spirituelle et éthique. La guérison et dépollution de la terre extérieure passe par la guérison et dépollution de notre terre intérieure. Pour Marie Romanens, La menace écologique nous demande de grandir, notamment en travaillant à devenir une personne à la fois différenciée et capable de vivre l'interdépendance avec cet « autre » qu’est la nature. Soucieux également de respecter cette altérité, Fabrice Blée va chercher dans la pratique du dialogue interreligieux les bases d’une relation responsable avec la nature : La spiritualité chrétienne du dialogue, creuset d’une nouvelle conscience écologique.

Ces différents éléments devraient permettre d’enraciner verticalement nos nécessaires engagements écologiques, que ce soit dans l’élaboration d’une éthique de responsabilité, la quête de nouveaux modes de vie, l’effort de gestes concrets au quotidien ou des réformes politiques et structurelles.

Le chantier de l’écospiritualité est immense et de longue haleine. Il est si important que La Chair et le Souffle a décidé d’y consacrer deux numéros. Le second, « Vers une écospiritualité I - Pratiques » paraîtra à l’automne.