2 avr 2010

Crise écologique, crise des valeurs

Michel Maxime Egger, le 02.04.2010

«La crise écologique dans laquelle nous nous abîmons est d’essence spirituelle. Elle tire ses origines des fondements mêmes de notre civilisation», écrit Dominique Bourg. Telle est la thèse qu’approfondit et étaye l’ouvrage collectif qu’il a dirigé avec Philippe Roch, Crise écologique, crise des valeurs, suite à un colloque organisé mi-2009 à l’université de Lausanne.

Multipliant les approches – religieuses, philosophiques, esthétiques – les 22 auteurs font émerger les ressorts profonds du paradigme de la modernité et du modèle de développement occidental, dont l’extension planétaire ne fait qu’accélérer l’écocide déjà à l’œuvre. Ils montrent comment, loin d’être universelles, la foi en la raison et en la toute-puissance de la technique, un certain anthropocentrisme, la croyance en l’intérêt individuel comme finalité de l’économie, sont des constructions culturelles éminemment particulières et le fruit d’une longue histoire. Une relativisation fortifiée par les approches de la nature d’autres traditions religieuses – de l’orthodoxie byzantine au jaïnisme.

Au-delà de la nécessaire interrogation sur soi-même et de l’incontournable détour par l’anthropologie pour comprendre la crise écologique, l’exercice vise également à esquisser des pistes pour y répondre, trouver les moyens d’opérer des changements dans nos manières de vivre et donc redonner de la consistance au principe espérance. Ainsi que l’affirme le polytechnicien Alain Grandjean, l’apocalypse n’aura pas forcément lieu, même si, rationnellement, tout – du réchauffement climatique à l’épuisement des ressources – semble la rendre inéluctable.