7 juin 2015

Dans humour, il y a humilité et amour

Michel Maxime Egger, le 07.06.2015

« N’oubliez pas que si les anges peuvent voler, c’est qu’ils se prennent à la légère. » L’air de rien, G.K. Chesterton nous offre un viatique pour face à la gravité du temps présent.

Était-ce un robot ou une main intentionnelle ? Toujours est-il que, faute de mise à jour de notre système de gestion de contenu, des agents malveillants ont profité des failles de sécurité du site de Trilogies pour le pirater, rendant les mises à jour impossibles. Cela nous a obligés à faire contre mauvaise fortune bon cœur et à créer un nouveau site. Le voici donc, tout beau, tout neuf et conforme aux standards du jour. Nous vous laissons le découvrir.

Etre sérieux sans se prendre au sérieux

« N’oubliez pas que si les anges peuvent voler, c’est qu’ils se prennent à la légère », écrivait G.K. Chesterton. En découvrant cette parole, soufflée par mon ami Philippe Baud lors de l’ultime séance du comité de rédaction de La Chair et le Souffle, j’ai eu envie de lancer ce nouveau petit vaisseau Internet sous le signe de la légèreté. Pas seulement pour lui permettre de bien naviguer en jouant avec les vents et les marées, mais pour signifier un esprit.

Bien sûr, il y a légèreté et légèreté. Celle dont nous parlons n’est pas synonyme de frivolité, distraction, futilité et superficialité. Elle ne nie pas la gravité de la situation de crise systémique à laquelle nous sommes confrontés. Elle ne dit pas qu’il ne convient pas d’être sérieux dans ses relations à soi-même, aux autres, à la nature et à Dieu (si l’on y croit).

La légèreté invite simplement à ne pas se prendre au sérieux, à remettre l’ego (personnel et institutionnel) à sa juste place, à garder la bonne distance envers nos rôles et statuts sociaux, nos richesses matérielles, nos marques de distinction, toutes ces choses extérieures sur lesquelles reposent trop souvent l’identité et la quête de sens de nos contemporains. Idem pour les causes, toutes capitales soient-elles, que nous défendons. Qui sommes-nous pour croire que nous détenons la vérité et que nous allons sauver le monde ?

Lâcher-prise plutôt que maîtrise

Le « dégagement » nécessaire à des engagements sains et à la capacité de danser dans les chaînes s’appelle l’humour. Mais qu’est-ce que l’humour sinon les épousailles de l’humilité et de l’amour. L’humilité a la même racine étymologique que l’homme : l’humus, la terre dont nous faisons partie et qui est partie intégrante de notre être. Cette terre qui nous accueille pour que l’habitions avec respecte et qui nous invite à marcher légèrement sur elle et à l’aimer.

Cette légèreté-là est celle de l’être spirituel et de l’artiste. Elle n’est pas celle de la civilisation hypermoderne et du consommateur, analysée par Gilles Lipovetsky, qui s’exprime dans les smartphones, les drones, l’intelligence artificielle, les matériaux de synthèse, le cloud, le fitness ou la liposuccion. Son but n’est pas la croissance économique, mais l’accomplissement de l’être. Son moteur est l’âme et non les technologies, les nanosciences et le capitalisme. Son expression est le lâcher-prise et la gratitude, non la recherche d’une maîtrise accrue de soi et de son poids, pour être compétitif, performant et répondre aux standards de la société.

Cette légèreté-là n’est pas insupportable (Kundera). Elle aide au contraire à supporter le monde et l’existence. Elle est essentielle.