1 avr 2017

La terre source de vie, pas de profit !

Michel Maxime Egger, le 01.04.2017

La Campagne œcuménique de carême 2017 se déroule en Suisse avec comme slogan : « La terre source de vie, pas de profit ». Parallèlement, le beau film Révolution silencieuse se clôt cette parole de l’agroécologiste Pierre Rabbhi : « La vraie révolution est celle qui nous amène à nous transformer nous-mêmes pour transformer le monde. »

Lancée par les organisations d’entraide Action de Carême et Pain pour le prochain, la première porte sur l’accaparement des terres au Sud par des multinationales qui privent les populations les plus pauvres des bases naturelles de la vie. Réalisé par la cinéaste Lila Ribi, le second raconte la conversion courageuse de Cédric, paysan vaudois, à la culture biodynamique des blés anciens.

Quel rapport entre ces événements ? Les deux appellent à un changement de paradigme, à la transition d’un système qui détruit le vivant vers un nouveau modèle socio-économique qui le respecte et le protège. Un tel passage suppose des changements structurels et politiques, mais aussi une transformation intérieure animée d’une autre vision du monde et d’un autre système de valeurs.

D’abord, l’accaparement des terres est l’expression collective de l’avidité, d’une envie de possession et de conquête qui repose sur l’un des ressorts les plus intimes de l’être humain : la puissance de désir, en l’occurrence mal orientée. Ensuite – à l’instar de l’agro-industrie – il réduit la nature à une réalité matérielle, un stock de ressources. Cette attitude prédatrice et ce réductionnisme sont liés au fait que l’homme contemporain s’est séparé de la nature. Il est devenu hors-sol.

Révolution silencieuse, par son filmage contemplatif, invite à un changement de regard sur la Terre et à une reconnexion profonde avec tous les êtres qui l’habitent. Il en va de même de la campagne œcuménique, en particulier à travers l’aventure d’un jeûne de sept jours dans laquelle plus de 1000 personnes en Suisse se lancées pendant le temps du carême.

Dans ce nouveau regard, la nature apparaît non plus comme une marchandise, mais comme un organisme vivant et un mystère habité d’un Souffle. L’être humain, dans une démarche d’humilité, se redécouvre partie intégrante de la nature qui fait partie de son être. Le pain – façonné avec amour par un boulanger à partir de la farine produite par Cédric – n’est plus un objet de consommation, mais devient un espace de communion.

Révolution silencieuse et la Campagne œcuménique nous rappellent que la Terre est don qui doit servir au bien commun. Elle ne peut être appropriée pour les intérêts ou le profit de quelques-uns.

Michel Maxime Egger, « Trait libre » dans l’Echo Magazine, 9 mars 2017.