Vers une humanité sans frontières ?

 

Parler de « frontière », ouverte ou fermée, c’est recourir à une métaphore pour définir une ligne où quelque chose se termine et autre chose commence. C’est reconnaître un entre-deux, une zone ambiguë de dialogue ou de conflit entre les hommes, leurs cultures et leurs préoccupations.

Dans tous les champs – personnels, sociaux, politiques, religieux, éthiques, artistiques – les frontières servent à identifier, nommer, confronter. Elles peuvent enfermer aussi bien qu’inviter à regarder plus loin, vers des régions où nous ne nous étions jamais risqués auparavant.

La mondialisation ne se résume pas à l’ouverture des marchés et à l’intensification des relations économiques. De manière plus fondamentale et décisive, elle signifie l’irruption du monde entier dans chacun de nos univers particuliers. Aujourd’hui, les relations nouvelles, tensions et contradictions ne naissent pas seulement entre nations, régimes politiques, cultures et religions, mais à l’intérieur même de nos modes de vie, de nos familles et de nos consciences. Les orateurs aborderont quelques aspects particulièrement significatifs de cette modernité plurielle et métisse, qui cherche ses repères dans un vaste ébranlement des valeurs. Plus que jamais, il convient de prendre la mesure des enjeux éthiques et spirituels du processus de brasage et d’effacement des frontières dont nous sommes aussi bien les acteurs que les témoins.

Un cycle de conférences organisé par le Centre catholique d’études de Lausanne, en collaboration avec trilogies.
Lausanne, Casino de Montbenon à 20 h 30 – Entrée libre

- Mardi 24 novembre 2009
Dialogue interreligieux et frontières culturelles
par Jean Mouttapa
Directeur des Editions Albin Michel.

Faut-il se désespérer de constater le caractère a priori « indépassable » de certaines différences radicales entre les cultures ? Est-ce être raciste ou réactionnaire que d’être heurté par telle pratique ou telle conception religieuse qui nous semble par trop étrange, étrangère, voire scandaleuse ? La tolérance a-t-elle vocation à effacer toutes les frontières ? Et dans ce cas, faudrait-il œuvrer à l’émergence d’une spiritualité universelle enfin débarrassée des particularismes locaux, facteurs de tant de violences ?

- Mardi 8 décembre 2009
Accomplir le féminin dans l’être
par Annick de Souzenelle
Exégète et psychothérapeute

Confusion entre différence et inégalité générée par un certain féminisme de l’égalité, progrès de la chirurgie, ambiguïté et artificialité des modèles du show-business et de la publicité… Nous vivons une ère où tout concourt à l’effacement des frontières entre les sexes et les genres. L’une des conséquences est la domination, souvent écrasante et inconsciente, des valeurs masculines sur les valeurs féminines. L’à-venir ou le salut du monde ne passe-il pas, au-delà de la guerre des sexes, par une réévaluation du féminin dans l’être ? La symbolique de la Bible nous montre le chemin pour devenir des êtres humains à part entière, dans une union sans confusion entre le masculin et le féminin.

- Mardi 26 janvier 2010
Les pathologies du refuge et de l’excès aux frontières du réel et du virtuel
par Serge Minet
Thérapeuthe à la clinique du jeu pathologique Dostoïevski

Le succès des jeux virtuels en réseaux, les communications solitaires ou les échanges labiles n’ont-ils pas donné naissance à une nouvelle mythologie de l’incarnation de l’homme dieu qui s’approprie le monde dans l’illusion de l’éternité ? L’écran vient alors faire écran dans la famille, énonçant la sentence de l’évitement du contact social intime. Internet n’est pas en cause, il s’agit plutôt de l’addiction qui rend floue la frontière entre le réel et le virtuel. Maladie de la modernité, syndrome du refuge chez des adolescents en quête de repères, pathologie de l’excès chez des adultes en perte de sens. Sans doute, une recherche évidente d’absolu.

- Lundi 1 février 2010
De Jésus à Paul : une foi qui abat les murs
par Jean-Michel Poffet
Ancien directeur de l’Ecole biblique de Jérusalem (Cerf)

Toute identité a besoin de contours et de frontière pour exprimer la part de l’expérience humaine ou religieuse qu’elle prend en charge. Le peuple d’Israël n’échappe pas à la règle, dans ses coutumes aussi bien religieuses que sociales. Jésus va bousculer l’édifice mais il appartiendra surtout à un Pharisien de stricte observance – Paul de Tarse – de donner une portée universelle à un Evangile qui travaille à abattre murs et frontières.

- Mardi 20 avril 2010
Comment sacraliser nos vies ?
par Abdennour Bidar
Ecrivain et philosophe. Auteur de Self islam (Seuil)

Quel devenir spirituel pour le monde contemporain : sortie de la religion ou retour du religieux ? Cette alternative ne rend pas compte de la complexité du réel, où le religieux est à la fois moribond sous ses formes établies et vivant dans l’émergence d’un nouveau type de conscience spirituelle, permise par la modernité. Au-delà de son autisme actuel, l’islam a les ressources nécessaires pour éclairer d’une manière universelle, en dialogue avec l’Occident, le défi existentiel et global majeur de notre époque : sacraliser la vie humaine en maîtrisant l’explosion de sa puissance d’agir. Une clé est l’image coranique qui présente l’homme comme « héritier » ou « successeur » de Dieu.

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Bidar_Sacraliser la vie_Affiche

Pour informations : tél. et fax 0041 21 701 20 59
E-mail : phuocdurous@dplanet.ch

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