Théo Angelopoulos : « Au commencement était le voyage »
Angelopoulos est mort le 24 janvier. Fauché par une moto. Sa voix s’est tue, mais son cinéma n’a pas fini de nous parler. J’ai revu hier soir, en geste de deuil, la première partie du Voyage des comédiens.
Un enchantement ! Magie des plans séquences majestueux et épurés, suspendus comme le pas d’une cigogne entre passé et présent, utopies en ruine et nouveaux rêves à inventer. Intelligence du récit qui mêle représentation théâtrale, mémoire historique – collective et individuelle – de la Grèce, relecture actualisée du mythe des Atrides.
Angelopoulos aimait citer le grand poète grec Georges Séféris : « Au commencement était le voyage. » Il ajoutait tout aussitôt : « Puis est venu le doute. » Voyage et douter, deux manières de traverser les frontières – extérieures et intérieures – vers la liberté, sans cesse à conquérir.
Si le cinéma était la seule patrie d’Angelouplos, ses films étaient enraciné dans sa terre natale où il se sentait un étranger. Son propos cependant était universel et d’une (encore brûlante) pertinence politique et existentielle : ni plus ou moins que la tragédie de la condition humaine confrontée à la guerre, l’exil, l’absence, la mélancolie, le recherche du père, l’absurde, l’illusion des idéologies.
J’ai eu la chance et la joie d’interviewer deux fois Théo Angelopoulos. Pour L’Apiculteur, premier de ses films distribués en Suisse en 1988. Pour la sortie du Pas suspendu de la cigogne en 1992. En guise de petit hommage, retour sur ces textes qui n’ont rien perdu de leur actualité.
Michel Egger, samedi 28 janvier 2012 à 17:23 :: Cinéma-Photographie ::#156


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