12 aoû 2009

Nous réconcilier avec la Terre

Nadine Keim, le 12.08.2009

Hervé René Martin et Claire Cavazza ont mené une (en)quête personnelle sur les racines de la crise écologique à travers des conversations avec huit «veilleurs pour notre temps». Une manière d’«éclairer sous un jour différent» les enjeux actuels en «redonnant leur place à l’émotion, au sens du beau et du juste, écrasés par plus de trois siècles de rationalité technique».

Nous réconcilier avec la terre (Flammarion, 2009) se veut « à la fois prétexte à cheminer et récit partagé du voyage accompli ». Durant leur recherche, Hervé René Martin et Claire Cavazza ont tenu des conversations avec huit « veilleurs » : Gilles Clément, Lama Denys Rinpoché, Michel Maxime Egger, Eveline Grieder, Jean-François Malherbe, Paule Salomon, Annick de Souzenelle et Jean Staune. Leurs discussions représentent l’essentiel du livre. Le lecteur y trouve ainsi un condensé des réflexions et expériences des personnalités interviewées.

Provenant d’horizons très divers – jardinier, maître bouddhiste, théologien, anthropologue, philosophe, thérapeute, psychothérapeute et scientifique – ces « veilleurs » portent à chaque fois un autre regard sur la crise. Ils ont pourtant plusieurs points en commun : « Une prédétermination dans la petite enfance, une ou plusieurs ruptures au cours de leurs vies, un regard résolument critique sur le prêt-à-penser institutionnalisé, une immense curiosité, une fidélité sans faille enfin ». Fidélité non pas à un parti ou une Église, mais à une vocation, une foi, une spiritualité.

Ce livre vise à « éclairer sous un jour différent » les questions que le lecteur se pose sur la crise, en « redonnant leur place à l’émotion, au sens du beau et du juste, écrasés par plus de trois siècles de rationalité technique ». Les auteurs en sont convaincus : « La seule porte d’entrée à une transformation positive de l’humanité se trouve dans l’individu. […] Pour que la politique change, nous devons changer ». Pour que nous puissions « nous réconcilier avec la Terre », les veilleurs proposent plusieurs clés, que chacun d’entre nous peut utiliser à sa guise. En voici trois:

  • Nous réconcilier avec la nature. L’être humain s’en est séparé à partir de la Renaissance. « En perdant son mystère, la nature n’a plus que sa matérialité à nous offrir, elle est désormais perçue comme un paquet de gènes, un ensemble de lois physiques et de mécanismes biologiques qui la rendent utilisable, manipulable et exploitable » (Egger). Il convient donc de retravailler la façon dont nous vivons et pensons la Création. Voulons-nous continuer à l’utiliser et à la détruire ? Une mutation personnelle s’impose pour rétablir une relation d’amour et de complémentarité avec elle.
  • Réconcilier le masculin et le féminin en chacun de nous, et mettre ainsi un terme à la guerre des sexes. « On reste aujourd’hui encore avec un homme dominant et une femme plus ou moins écrasée. Donc ni l’un ni l’autre ne peuvent évoluer » (Salomon). Plus les hommes et les femmes – au sein de leur couple – chemineront à la rencontre de leur vérité et de celle de l’autre, plus la paix et l’amour progresseront dans le monde. La question fondamentale qui se pose dès lors à nous est de savoir « comment passer de l’amour du pouvoir au pouvoir de l’amour ».
  • Nous réconcilier avec l’être, en décidant de ne plus suivre le modèle économique fondé sur l’avoir et la convoitise. « Le grand traumatisme de la modernité nous vient de ce qu’il est très difficile d’exercer une dimension aussi essentielle de notre être dans un monde entièrement tourné vers la consommation […]. Plus nous nous remplissons, plus nous désespérons de nous-mêmes et du monde » (Clément). Faut-il persévérer dans l’acquisition d’objets et de « prothèses », au risque d’accumuler sans fin des déchets ? Ne sommes-nous pas, au contraire, appelés à retrouver les joies de la simplicité, du temps et de l’invisible ?

Les auteurs, dont l’un a écrit plusieurs essais sur la mondialisation et la décroissance, ont structuré leurs entretiens et leurs propres questionnements en quatre parties : la fin d’un monde, les origines spirituelles de la crise, l’émergence d’un nouveau monde, les musiciens de la terre. L’épilogue est composé d’une lettre à Christiane Singer qui, disparue avant d’avoir pu leur consacrer un entretien, « habite chaque ligne en filigrane » par son souffle d’amour.