6 juin 2015

Soigner l’esprit, guérir la terre

Michel Maxime Egger, le 06.06.2015

Sous le titre Soigner l'esprit, guérir la Terre, Michel Maxime Egger vient de publier une introduction à l'écopsychologie. Une mouvance peu connue et développée sous nos latitudes et qui offre des pistes fécondes pour répondre à la crise écologique à travers une reconnexion en profondeur entre l'être humain et la nature.

Soigner l'esprit, guérir la Terre fait découvrir un mouvement clé et très peu connu en Europe continentale : l’écopsychologie. Il s’est cristallisé dans les années 1990 aux Etats-Unis et développé essentiellement dans le monde anglo-saxon. Transdisciplinaire, inspirée par la sagesse des traditions premières, l’écopsychologie estime que, pour répondre en profondeur à la crise environnementale, l’écologie et la psychologie ont besoin l’une de l’autre.

Elle montre comment sortir du déni et de l’impuissance, traite à la racine l’aliénation de l’humanité envers son habitat naturel, qui ne serait pas étrangère aux formes d’addiction à la consommation. Elle propose un changement du regard, à travers les idées fécondes de moi et d’inconscient écologiques, qui réinscrivent la psyché humaine dans la terre et sa mémoire.

Il en résulte des thérapies prometteuses qui ouvrent les portes du cabinet pour s’immerger dans la nature sauvage, interpréter autrement les rêves et coopérer avec les animaux. Un champ d’intervention primordial est l’éducation, qui doit permettre à l’enfant de se construire une identité en interrelation non seulement avec les autres humains, mais avec la toile de la vie.

L’ouvrage de Michel Maxime Egger offre une synthèse de l’écopsychologie, de son histoire et de ses enjeux, agrémenté de portraits de quelques grandes figures : Carl G. Jung, Paul Shepard, Theodore Roszak et Joanna Macy. Axé sur les interrelations intimes entre l'être humain et la nature, il est complémentaire de son précédent livre, qui ajoutait la dimension divine: La Terre comme-soi-même. Repères pour une écospiritualité (Labor et Fides, 2102).

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Revue de presse

 

Nous sommes l’environnement!

«Le monde se trouve au coeur d’une urgence spirituelle collective, dont la crise écologique est l’une des manifestations majeures». Les écologistes se posant des questions sur les raisons de la lassitude que susciterait désormais leur message seraient bien inspirés de lire le remarquable ouvrage de Michel Maxime Egger, Soigner l’esprit, guérir la Terre (Labor et Fides). Ce n’est pas en bardant notre planète de technologies dites propres ni en usant d’un discours moralisateur usé que nous nous en sortirons. La déconnexion de l’homme avec ce qu’il croit être son environnement -  alors qu’il est lui-même l’environnement! - a pris une telle ampleur au cours des âges qu’un bouleversement des consciences passe par des expériences physiques, sensorielles et spirituelles que l’auteur nous suggère. Et cela après nous avoir initié, dans un langage limpide, aux subtilités de l’écopsychologie, née il y a plusieurs années aux Etats-Unis d’un rapprochement de l’écologie et de la psychologie. En compagnie de Carl G. Jung, Theodore Roszak, Paul Shepard et Joanna Mary, nous explorons les secrets de nos âmes. Attention, danger salutaire!

Philippe Le Bé, L'Hebdo, 23 avril 2015.

 

Un livre indispensable

Souvent les psychothérapeutes adaptent le patient à une société déstabilisante, ils soignent les symptômes et pas la cause du mal. Les écopsychologues estiment de leur côté que notre rupture avec la Terre est la source profonde de notre malaise social. C’est pourquoi le livre de Michel Maxime Egger, « Soigner l’esprit, sauver la Terre (introduction à l’écopsychologie) », paraît indispensable. Il montre historiquement l’émergence de cette nouvelle approche qui lie écologie et psychologie, très répandue dans le monde anglo-saxon mais malheureusement encore ignorée dans l’espace francophone. La traduction de l’ouvrage de Joanna Macy (écopsychologie - pratique et rituels pour la Terre) est une heureuse exception détaillée par Michel Maxime Egger.

Michel Sourrouille, Biosphère, 16 juin 2015, avec une synthèse de l'ouvrage.

 

Une démarche prometteuse qui renoue avec la sagesse ancestrale

Pour aborder la question de l’évolution du climat, nous avons souvent évoqué l’énigme suivante : comment se fait-il que nous ne croyions pas ce que nous savons ? Nous savons que notre système de consommation est dans une impasse et que notre civilisation va dans le mur, mais nous n’ajustons pas notre comportement à notre savoir. Le livre de Michel Maxime Egger revient sur cette question en présentant les contours d’une nouvelle science, appelée écopsychologie. Depuis le XVIIIe siècle, nous sommes entrés dans une nouvelle ère, l’anthropocène, marquée par l’impact des activités humaines sur l’évolution de la planète. Ces dernières décennies, nous sommes devenus conscients des risques d’effondrement, tant pour les écosystèmes que pour les sociétés humaines. Un tel constat devrait induire un changement de comportement qui nous engagerait vers une société qui soutient la vie, dans toutes ses dimensions, et pourtant notre comportement relève du déni.

L’écopsychologie repose sur une alliance entre l’écologie et la psychologie. Cette science part du principe qu’il existe une interdépendance profonde entre la non-durabilité des relations avec soi-même et les autres et la non-durabilité des relations avec la Terre. Une écospychologue pose la question centrale : «Vous êtes-vous jamais demandé pourquoi les psychothérapeutes posent à leurs patients des questions sur leurs relations avec leur mère, leur père et leurs amis… mais disent rarement un mot sur les liens – ou le manque de lien – avec leur « mère » Terre ? […] Si les patients traitaient les autres humains comme ils traitent la Terre, les thérapeutes pren¬draient ces comportements comme preuve d’une sérieuse pathologie. » Et l’auteur de souligner une corrélation entre la perte du lien primordial avec la nature et un comportement de prédateur vis-à-vis de cette dernière.

Si Freud a répondu à la question de la relation entre la psyché et la nature à partir de l’ancien paradigme scientifique, rationaliste et dualiste, c’est du côté de Jung que les écopsychologues trouvent des pistes de réflexion qui les aident à fonder leur science. Il pouvait en effet conseiller à ses patients d’aller se promener dans une forêt, convaincu qu’un arbre peut parfois aider à se reconnecter avec son intériorité. L’auteur déploie les différentes dimensions de cette science, holistique et interdisciplinaire, de son histoire et de ses enjeux, agrémentée de portraits de quelques grandes figures de l’écopsychologie. Une démarche prometteuse qui renoue avec la sagesse ancestrale. Il relève en effet qu’Hippocrate, le père de la médecine, affirmait dans son traité Air, eau, lieu qu’on ne pouvait comprendre les troubles d’un sujet si l’on n’étudiait pas sérieusement son environnement : le type d’eau, la qualité de l’air, les vents, l’humidité, les tem¬pératures, les aliments, les plantes, les saisons…

Antoine Nouis, Réforme, 25 juin 2015.

 

Le retour à la nature

Vous êtes dans l’air du temps et vous avez une sensibilité écologique ? Cela va vous intéresser. Car vous aurez certainement remarqué que, malgré tous les beaux discours, les lois et le tri de votre compost, la crise semble s’aggraver et que rien ne semble pouvoir la vaincre. Un mouvement anglo-saxon qui s’est développé depuis les années 1990 a fait le même constat. Les réponses courantes apportées aux problèmes écologiques de la planète ne suffisent pas à les régler. Il faut rechercher plus en profondeur, dans la psychologie, ce qui explique les comportements anti-écologiques. C’est ainsi qu’est née l’écopsychologie.

Michel Maxime Egger, 57 ans, est l’auteur d’un livre sur le sujet. Depuis les promenades avec son grand-père dans l’enfance et la construction de cabanes dans la forêt, il a toujours entretenu un lien étroit avec la nature. Une passion qu’il allie aujourd’hui à son travail pour le développement équitable et durable. Parallèlement, Michel Egger a suivi un chemin spirituel riche et original. «Dans des monastères ou des sessions de développement personnel, je me suis rendu compte que beaucoup des personnes que je rencontrais ne faisaient pas le lien entre leur spiritualité et le monde avec ses problèmes, raconte-t-il. D’un autre côté, dans les organisations où je travaillais, la spiritualité était souvent absente. Or tout se joue pour moi dans l’articulation des deux domaines de la spiritualité et de notre responsabilité, écologique en particulier.»

L’ouvrage sur l’écopsychologie approfondit cette veine. Le lecteur y apprend comment le consumérisme, cause importante de la destruction de la planète, est enraciné dans la psyché humaine. «Nous pouvons parler d’addiction à la consommation, affirme Michel Egger. L’être humain cherche en elle une réponse aux questions essentielles qu’il se pose sur la vie. Vous avez beau informer sur les problèmes, cette info nourrit le mental, mais descend-elle en nous pour toucher le coeur et nous rendre vraiment concernés?» Les écopsychologues prônent une écologie qui va rechercher les ressorts cachés de ses échecs et une psychologie ouverte aux problèmes de l’environnement. «Pour répondre à la crise écologique, nous devons être attentifs autant aux maladies de l’âme qu’aux dégâts à l’environnement. Les deux sont interconnectés. Selon les écopsychologues, nous ne pourrons pas guérir l’être humain sans restaurer la santé de la planète.»

A l’origine du mal, selon eux, se trouve la coupure entre l’être humain et la nature. «Dans les sociétés traditionnelles, note Michel Egger, l’enfant passait de la matrice de la mère à celle de la société. Entre les deux, il y avait toutefois celle de la nature, qui a disparu.» Pour renouer avec la nature au plus profond de nous-mêmes, les écopsychologues s’appuient notamment sur une nouvelle forme d’interprétation des rêves. « Et si nos rêves n’avaient pas seulement à voir avec notre vie intrapsychique ? Si les éléments naturels qui les habitent devaient être pris, non comme des symboles, mais comme des messagers de ce monde naturel que nous portons au fond de nous-mêmes ? Pour nous alerter, ou nous apprendre quelque chose.» Les écopsys auxquels se réfère Michel Egger nous disent à la croisée des chemins. Ils nous invitent à laisser de côté le déni – aussi dénoncé par le pape François dans sa récente encyclique sur la Création – et le découragement. Et à changer de cap. «L’aventure essentielle de notre époque est d’aller vers un développement qui honore et célèbre la vie, basée sur des relations plus harmonieuses entre l’homme et la nature.»

Vincent Volet, bonne nouvelle, No 6, juillet-août 2015.

 

Une ouverture à un nouveau champ disciplinaire

La crise écologique suppose changement d'état d'esprit qui conduit à rapprocher l'écologie de la psychologie. Dans la suite d'un ouvrage qui portait sur la spiritualité (cf. Études, juillet-août 2012), Michel Maxime Egger présente la nouvelle discipline de l'«écopsychologie» qui se développe surtout dans le monde américain. Il s'agit d'étendre le champ de la psychologie au-delà de la seule psychè humaine, comme Jung l'avait pressenti dans sa critique de Freud, retrouvant la notion d'«âme du monde» comme «matrice qui rend possible l'intelligence du vivant». La nature et l'humain sont profondément corrélés: on ne parviendra pas à restaurer la santé humaine sans restaurer celle de la planète. À l'inverse, les déséquilibres de cette dernière sont l'objectivation de ceux de l'humanité. Le diagnostic de la situation présente met l'accent sur le rejet de tout dualisme. Il est suivi par des propositions concrètes d'« écothérapie » qui sont pratiquées : cures psychologiques dans la nature, conseil chamanique, séjours dans la «nature sauvage», etc. Chaque chapitre se conclut par le portrait d'une figure emblématique de ce courant de pensée: Carl Gustav Jung (à titre de précurseur), Paul Shepard, Theodore Roszak et Joanna Macy. La perspective s'efforce de redonner une dimension humaniste à ce qui pourrait dériver vers une écologie trop « naturaliste ». Certaines propositions nécessiteraient un recul critique, mais on peut remercier l'auteur de nous introduire avec beaucoup d'érudition à un nouveau champ disciplinaire.

François Euvé, Etudes, juillet-août 2015.

 

Une vaste étude

S’inscrivant dans la continuité de son essai La Terre comme soi-même, avec ce nouvel ouvrage Michel Maxime Egger étudie l’écopsychologie, un mouvement transdisciplinaire et multiforme dont il entreprend de retracer l’histoire, de préciser les contours et d’en définir les enjeux afin de nous en proposer une synthèse. L’écopsychologie offre en effet des voies théoriques et thérapeutiques fécondes pour dépasser le dualisme entre l’être humain et la nature, et refonder ainsi notre relation à la Terre. Elle apparaît ainsi comme étant de nature à répondre en profondeur à une crise écologique et climatique dont les conséquences sur la santé et le bien-être humains sont de plus en plus manifestes. […]

Les écopsychologues anglo-saxons étudiés ici – Théodore Roszak, Joanna Macy, Paul Shepard, Harold Searles, Robert Greenway... –, venus d’horizons très différents, œuvrent à la redécouverte de l’unité entre l’âme et le cosmos, à l’exploration des interrelations entre la psyché et la nature et à la prise en compte de la dimension psychologique dans l’approche des problèmes environnementaux et dans celle du monde naturel au cours des pratiques thérapeutiques.

C’est en fin de compte une démarche d’ouverture à l’amour de la Terre et de la vie, qui ne pourra s’accomplir pleinement que par une transformation intérieure. C’est aussi un appel à élargir les cercles de l’identité humaine au-delà de l’individu comme de ses interrelations avec ses proches et son milieu social, pour entrer dans une compréhension de la santé de la personne dans sa relation au monde naturel autre qu’humain et développer une conscience de l’unité du réel. De là, un ensemble de pratiques proposées par les écopsychologues, qui visent à restaurer le lien entre, d’une part, notre corps et notre psyché, et, d’autre part, la nature, une nature qui apparaît au cours de cette réflexion comme étant elle-même dotée d’une «âme», espace de rencontre avec l’âme humaine.

L’auteur s’attache à faire ressortir les lignes de force de l’écopsychologie, laquelle puise à des sources d’inspiration très diverses et dont les champs d’investigation sont multiples, tout autant que les approches thérapeutiques qu’elle propose : «son approche, écrit-il, est trans­disciplinaire, sa philosophie holistique, sa vision du monde écocentrique et sa visée thérapeutique». Michel Maxime Egger examine la philosophie et les actions thérapeutiques et éducatives offertes par l’écopsychologie, selon laquelle la santé humaine et celle de la planète sont indissociables, et les conditions qui permettraient leur mise en œuvre.

Il procède pour cela à une vaste étude, qui s’appuie non seulement sur les éléments de l’écopsychologie, mais aussi sur les apports de l’histoire et de la psychologie, et enfin en prenant en compte des conceptions de la nature, du moi et de l’inconscient puisées dans les données de l’écologie profonde, de la science contemporaine et des peuples premiers.

Louis Rolland, Sources, pour une vie reliée, No 31, juillet-septembre 2015.

 

Livre remarquable

Écopsychologie : voici le premier livre de synthèse en français sur cette discipline qui étudie interactions entre la psyché humaine et la nature, expliquant comment la rupture entre l’homme et la nature est à l’origine de la crise environnementale. Présentation de ses fondateurs : Cari Jung, Paul Shepard, Théodore Roszak et Joanna Macy.

L'Ecologiste, No 45, août-octobre 2015.

 

La découverte d'un courant important

Dans son livre paru en 2012, La Terre comme soi-même, l'auteur appelait à un changement de paradigme dans la relation de l'être humain avec la terre : non plus un rapport de sujet à un environnement objet, mais se redécouvrir partie intégrante de la nature. Il y montrait comment les grandes traditions spirituelles de l'humanité proposaient des pistes en ce sens. C'est dans la foulée de cet ouvrage que l'auteur poursuit sa recherche avec Soigner l'esprit, guérir la Terre, en nous proposant la découverte d'un courant important de la psychologie peu connu en Europe continentale, mais qui se développe surtout dans le monde anglo-saxon : l'écopsychologie.

Transdisciplinaire, inspirée par les traditions premières, l'écopsychologie estime que, pour répondre en profondeur à la crise environnementale d'aujourd'hui, il faut allier l'écologie et la psychologie. Elle veut traiter à laracine l'aliénation de    l'humanité par rapport à son habitat naturel dont elle use et abuse, et montrer comment l'être humain est passé d'une symbiose avec la nature à une relation de dualité et d'aliénation. Cette aliénation ne serait pas étrangère aux formes d'addiction à la consommation, avec l'exploitation de la nature que celle-ci entraîne.

L'écopsychologie propose donc un changement de regard, à travers les idées fécondes de moi et d'inconscient écologiques, qui réinscrivent la psyché humaine dans la Terre et sa mémoire. Un champ d'intervention primordial est l'éducation qui doit permettre à l'enfant de se construire une identité en interrelation non seulement avec les autres humains, mais aussi avec la toile de la vie. L'ouvrage propose aussi les portraits de quelques grands initiateurs de cette approche : Carl G. Jung, Paul Shepard, Théodore Roszak et Joanna Macy.

Dans son « ouverture finale », l'auteur rappelle que le monde se trouve au cœur d'une « urgence spirituelle collective » et que, dans la mesure où les symptômes de la crise écologique appartiennent à la fois au patient individuel et au corps collectif, il n'y aura pas de transition vers une société qui soutient la vie sans un travail de transformation au double plan de la psyché profonde et des structures politico-économiques.

John Borremans, Voies de l’Orient, No 136, juillet-septembre 2015.

 

Un paradoxal espoir

Fondateur de www.trilogies.org et responsable du bureau romand d’Alliance Sud (regroupement de six ONG suisses), l’auteur part du hiatus « entre l’abondance de l’information sur les problèmes écologiques et l’insuffisance des changements de comportement ». « Jusqu’ici les cris d’alarme [...], les appels à l’autolimitation [...] n’ont pas réussi à inverser la courbe », écrit-il. Nourrie de l’approche jungienne, de mythologie animale et d’écologie profonde, l’écopsychologie, discipline essentiellement américaine encore peu connue en Europe, fait un lien entre les déséquilibres que nous infligeons à la Terre et nos propres déséquilibres. Elle voit l’origine des dérives de notre civilisation dans sa vision dominatrice, dualiste, scientiste, matérialiste et utilitariste du monde. Le parallèle entre écocide et ethnocide est saisissant : quand on est capable de l’un on est capable de l’autre.

La méthode scientifique qui nous a donné les outils d’une agression massive peut-elle, par la seule lumière de ses constats, inciter l’humain à la modération dans l’usage qu’il fait de la Terre ? On peut en douter, sachant que les retours d’information restent souvent pour chacun « des réalités lointaines et statistiques ». Comment toucher le cœur, l’âme, parler à notre lien au monde, comment ressentir comme nôtres les besoins de la Terre ?

Nous semblons bien « trop séparés de la nature pour être réellement touchés par les maux qui l’affectent », car « la nature est considérée [...] comme un objet extérieur à l’être humain ». Quel lien avec la nature a une génération confinée dans un monde d’écrans, ignorant d’où vient l’eau du robinet, la pomme sur la table de la cuisine ? Qui n’a pas la chance de prendre des coups et des bosses dans la nature ? Et qui « risque de croire [...] que les seules réalités vivantes sont les humains » ?

« La modernité occidentale a désenchanté la nature et vidé la matière de l’esprit », souligne Michel Egger. Il s’agit de réapprendre que « nous sommes comme des cellules dans le corps du vaste organisme vivant qu’est la planète Terre », de retrouver notre capacité à résonner à l’unisson de l’âme du monde, à nous relier à notre propre nature, et donc à la nature et à ses constituants, par notre corps, nos sens, notre âme, notre esprit et aussi notre raison. Ce sont les ressorts affectifs qui nous déterminent, et tant que nous ne résoudrons par la question de notre coupure avec la nature, nous continuerons à être incapables de la respecter (puisque nous ne nous respectons pas nous-mêmes). Car, estime l’écopsychologue Théodore Roszak, « l’être humain est naturellement animiste ». Or, « sans intimité avec la nature, [il] devient malade », ajoute un de ses collègues, Robert Greenway.

Soyons donc accoucheurs d’un nouveau chapitre de notre histoire « reposant plus sur les liens que sur les biens ». En cela l’auteur voit un paradoxal espoir, car « le consumérisme [...] manifeste en creux une aspiration fon­damentale à la relation ».

René Longet, Choisir, No 669, septembre 2015.

 

Une synthèse passionnante

Dans ce livre très documenté, Michel Maxime Egger présente les fondements d'un mouvement qui explore les liens intimes entre la nature et la psyché humaine. D'où vient la déprime chronique des sociétés consuméristes ? En partie, et bien plus qu'on ne pense, d'une vie quotidienne de moins en moins harmonieuse avec notre environnement naturel, affirment les écopsychologues. « Que signifie "aller bien" dans un système que l'on peut considérer comme globalement pathologique ? », interroge Egger en déplorant que la psychologie dominante ait « tendance à ignorer les causes structurelles – économiques, sociales, écologiques – des problèmes psychologiques ». C'est donc à une « réconciliation entre l'être humain et le cosmos » que travaille l'écopsychologie, ce qui passe certes d'abord par une conversion personnelle à la sobriété de vie, mais aussi, plus radicalement, par une transformation de structures sociales et politiques « dysfonctionnelles », insoutenables à maints égards. Ce n'est pas le moindre mérite de la synthèse passionnante d'Egger que de dessiner des alternatives pour un empowerment révolutionnaire.

Limite, Revue d'écologie intégrale, No 1, septembre 2015.

 

La découverte d'un mouvement essentiel

Après la publication de La Terre comme soi-même, ce deuxième ouvrage de Michel Maxime Egger nous fait découvrir un mouvement essentiel très peu connu en Europe continentale: l’écopsychologie. Établie dans les années 1990 aux Etats-Unis et développée principalement dans le monde anglo-saxon, l’écopsychologie entend répondre en profondeur à la crise environnementale qui domine aujourd’hui l’humanité dans son ensemble. Transdisciplinaire avant tout, elle montre comment l’écologie et la psychologie peuvent créer une dynamique nouvelle pour sortir du déni et de l’impuissance ; elle traite, à la racine, l’aliénation de l’humanité envers son habitat naturel, qui ne serait pas étrangère aux formes d’addiction à la consommation. Elle propose un changement de regard dans la perspective d’une relation consciente et harmonieuse à la nature. L’écopsychologie s’inscrit dans le devenir spirituel de la civilisation contemporaine, axé sur l’éducation et les thérapies inspirées par les traditions spirituelles. L’ouvrage offre une synthèse de l’écopsychologie, de son histoire et de ses enjeux, agrémenté de portraits de quelques grandes figures : Carl G. Jung, Paul Shepard, Theodore Roszak et Joanna Macy.

3e millénaire - L'homme en devenir, No 117, automne 2015.

 

Pour guérir la Terre, il faut soigner notre tête

Avec l’essai Soigner l’esprit, guérir la Terre, Michel-Maxime Egger nous invite à comprendre intimement que nous ne sommes pas séparés du monde qui nous environne. L’écopsychologie rend possible ce changement radical de notre perception. Sur 250 pages très documentées, le dernier livre de Michel Maxime Egger bouscule la vision de la psyché admise en Occident depuis plus d’un siècle. […] Egger décrit le mouvement de l’écopsychologie, né dans les années 1990 chez des penseurs anglo-saxons, qui révèle la nécessité réciproque de l’écologie et de la psychologie : selon ce mouvement de pensée, seule la réunion de l’écologie et de la psychologie peut résoudre la situation « d’écocide » dans laquelle nous nous trouvons, où l’homme comme la planète sont malades. […]

Ainsi, les écopsychologues ne prennent pas en compte l’individu séparé de son environnement mais le considèrent comme un être perméable aux dommages et déséquilibres subis par la Terre. La première tâche serait de quitter « la terrible illusion de la discontinuité », l’idée d’une séparation entre moi et le monde, créée dans la pensée moderne afin de prononcer les mots « je suis », […] afin de retrouver une valeur que nous portons tous en nous-mêmes : « La conscience de l’unité du réel. » Egger retrace les étapes de l’épopée humaine qui ont conduit à nous éloigner de cette conscience, faisant pourtant partie de notre structure fondamentale, ainsi que l’atteste l’étude des sociétés traditionnelles.

L’écologie comme la psychologie connaisse chacune ses limites, qui s’expliquent justement par leur isolement. L’écologie ne gagnerait pas l’adhésion collective parce que l’individu moderne, dissocié intérieurement entre l’intellect et le cœur, construirait sans le savoir une sorte de bulle pour se protéger de la réalité. Les émotions face aux « vérités qui dérangent » sont ainsi refoulées, et privées du pouvoir de transformation dont elles sont porteuses. De l’autre côté, la psychologie occidentale dominante s’est limitée au monde strictement humain et souffre d’une conception atomisée, réductrice du moi.

Carl Gustav Jung est convoqué par Egger comme précurseur fécond de la nouvelle discipline. […] Renouant avec l’antique anima mundi, les nombreux auteurs cités par Egger appellent à passer d’un égo-humano-centrisme à une perspective éco-cosmo-centrique, tous attestant, bien que de façons différentes, de la réalité de « l’âme du monde ». « Le changement de cap est l’aventure essentielle de notre temps. Il naît de transformations dans nos cœurs, nos esprits et nos visions de la réalité. » Ces mots de l’états-unienne Joanna Macy témoignent de l’approche holistique qui nous est demandée pour suivre le chemin de l’écopsychologie, et pour accepter le paradoxe comme voie royale vers la conscience de l’unité. […]

La discipline n’omet pas le plan citoyen ! Face à « l’urgence spirituelle collective », son programme débouche de manière emblématique sur le politique, et elle reconnaît son besoin d’une théorie sociale. L’enjeu se trouve dans l’articulation de l’individuel et du structurel, en n’oubliant pas, tel que nous dit ultimement Roszak, « que seul l’amour peut nous changer. »

Juliette Kempf, Reporterre, 28 octobre 2015

 

Un bel ouvrage introductif

Avec cet ouvrage, Michel Maxime Egger offre une très belle entrée en matière dans l’écopsychologie, ce nouveau champ transdisciplinaire qui se développe depuis le début des années 1990. L’écopsychologie, terme né sous la plume de Theodore Roszak, cherche à trouver des réponses à notre crise écologique actuelle en alliant écologie et psychologie. Elle n’est toutefois pas une discipline unique et unifiée. De sources d’inspiration multiples, l’écopsychologie regroupe des approches théoriques et des pratiques variées, et couvre un champ d’investigation très vaste. Cette diversité, Michel Maxime Egger a très bien su la mettre en évidence, dressant un tableau exhaustif et pertinent des visées de l’écopsychologie ; c’est là que réside la richesse de son livre.

Dans un premier temps, l’introduction de Soigner l’esprit, guérir la Terre permet au lecteur d’entrer facilement dans le sujet, car elle présente de manière succincte la genèse et la raison d’être de cette nouvelle discipline. Le premier chapitre est ensuite consacré aux limites de l’écologie et de la psychologie dans la perspective des problèmes contemporains d’environnement. L’auteur y montre les différentes raisons pour lesquelles persiste un décalage entre la prise de conscience environnementale, et les mesures individuelles et collectives adoptées jusqu’à présent. Du côté de l’écologie, les obstacles sont de deux sortes. D’une part, les discours écologiques qui jouent par exemple sur la peur ou la culpabilité produisent des mécanismes de protection et de blocage qui se traduisent souvent par un déni du réel ou une résistance aux changements. D’autre part, l’argumentation rationnelle des informations sur l’état de notre planète ne suffit pas à modifier les comportements humains. Du côté de la psychologie, la principale critique concerne la vision réductrice, voire l’oubli de la nature. En effet, la nature est généralement considérée comme un objet extérieur ; seule la psyché individuelle compte. Pour résumer, l’écologie ignore le monde psychique, tandis que la psychologie n’intègre la nature ni dans sa théorie ni dans sa pratique.

Or, face à ces limites, l’écopsychologie œuvre à intégrer les interdépendances physiques et psychiques entre les hommes et la biosphère, premièrement pour comprendre les causes profondes de la crise écologique, et deuxièmement pour changer nos modes de vie et d’être. Ce sont ces deux axes que Michel Maxime Egger présente avec habileté dans les chapitres respectivement deux et trois, sûrement les plus intéressants du livre. Selon les écopsychologues, les atteintes à la planète sont les symptômes des déséquilibres psychiques de l’homme. Et notre déconnexion avec le monde naturel en est la source. Pour comprendre les origines de cette déconnexion, il faut remonter le cours de l’histoire de l’humanité. Paul Shepard a identifié quatre étapes historiques qui ont façonné la conscience humaine, générant divers dualismes entre l’homme et la nature : les débuts de l’agriculture au Néolithique, les pasteurs éleveurs monothéistes, le puritanisme et la révolution industrielle. De ces dualismes ont découlé des représentations de la nature marquées par l’extériorité, la domination, la dénaturalisation ou la perte de relations symboliques et sacrées avec la nature. Ainsi déconnecté de la nature, l’homme s’est tourné vers l’extérieur, vers des sources secondaires telles que le travail ou la consommation pour trouver du sens à sa vie, au lieu de chercher à l’intérieur de lui-même.

L’écopsychologie prône donc un changement radical de nos modes d’être, de vivre et de penser. Elle a pour but de transformer notre vision de la nature et notre psyché. Il s’agit dans le premier cas de passer d’une perspective égo-humano-centrique à une perspective éco-cosmo-centrique, et dans le deuxième cas de former une unité entre la psyché humaine et la biosphère. Certains écopsychologues conçoivent un inconscient écologique qui recouvre le monde naturel organique et inorganique auquel les hommes doivent se connecter, à l’image des peuples premiers de chasseurs-cueilleurs. En somme, réunir le monde naturel et la psyché humaine permet à la fois aux hommes de modifier leurs impacts environnementaux et de se réaliser en tant que personnes.

Le dernier chapitre est, quant à lui, consacré aux différentes approches écothérapeutiques. Il clôt très bien cet ouvrage sur l’écopsychologie en présentant sa dimension pratique, qu’il aurait été dommage de négliger. À noter qu’à la fin de chaque chapitre, un portrait de quatre pionniers / ères de la discipline est esquissé. On y trouve parfois quelques répétitions, mais on n’en voudra pas à l’auteur vu la pertinence de ces portraits. En guise de conclusion, Michel Maxime Egger termine sur l’importance pour l’écopsychologie de dépasser le plan individuel en intégrant les dimensions socio-politico-économiques. Il signe ainsi un bel ouvrage introductif sur l’écopsychologie, complet et bien structuré, qui permet d’appréhender sans peine ce champ disciplinaire en pleine évolution.

Gabriel Salerno, Futuribles, décembre 2015

 

La Terre et nous

La Terre et nous est un titre approprié pour présenter les ouvrages publiés, aux Éditions Labor et Fides de Genève, par le Suisse Michel-Maxime Egger.

Éditée à Paris, la revue de la famille Cor Unum, regroupant des prêtres et des laïcs, a, dans son numéro de janvier-février 2014, publié une présentation de La Terre comme soi-même. Repères pour une écospiritualité due à Jacques Briard, mais reprenant des apports signés par John Borremans dans le bulletin de l’association bruxelloise Voies de l’Orient. Cette présentation cite la préface de Pierre Rabhi, pionnier de l’agriculture biologique pour qui « cet ouvrage montre d’une manière convaincante et sans culpabilisation que les racines de la crise écologique sont en réalité spirituelles, ancrées profondément en nous ».

Et après avoir relevé que l’auteur avait fait sienne la spiritualité orthodoxe et repris le terme « méditant-militant », notre ami écrivait : « Dans un bref prologue et le premier chapitre, M-M. Egger présente une synthèse de son livre : au-delà des mesures nécessaires de l’écologie extérieure, il faut une écologie intérieure, une véritable écospiritualité, qui implique un changement radical du paradigme qui préside à la vision actuelle du monde. Il s’agit de sortir des dualismes issus de la modernité, qui situe l’être humain, sujet tout-puissant, en dehors et au-dessus de la nature-objet, et de retrouver l’unité fondamental entre l’humain, le cosmique et le divin. »

Et de noter que, « pour Egger, si la crise ne sera pas résolue sans une mobilisation de tous les hommes de bonne volonté, les religions ont un rôle à jouer de par leur influence sur l’imaginaire social et culturel, les visions du monde et les attitudes à l’égard de nature. Par son ouvrage Egger souhaite contribuer à l’émergence de ce nouveau paradigme – déjà en cours aux quatre coins de la planète – et à cette mutation intérieure exigée par la crise écologique; il le fait à partir de la tradition chrétienne, notamment des Pères de l’Église, qui constitue un héritage commun aux Églises orthodoxe, catholique et protestante ».

« Les cinq chapitres commencent chacun par une brève et utile synthèse. L’auteur analyse d’abord les diverses racines de la crise écologique, avec les figures de Frankenstein, de Cassandre et du Titanic, l’émergence de la modernité, la désacralisation de la nature et la réduction de l’être humain à l’homo economicus. Il montre ensuite la profonde ambiguïté du christianisme, selon que certains insistent sur la séparation entre le Créateur et une création anthropocentré, tandis que d’autres célèbrent la nature comme lieu de la présence de Dieu, en particulier dans l’Orient chrétien.

« Egger explique aussi, de façon précise et nuancée, les ressources de la tradition chrétienne, patristique et mystique pour une compréhension renouvelée aussi bien de la création, comme mystère de la présence divine, que de l’être humain, comme microcosme et médiateur entre la terre et les cieux....

« Dans son ouvrage documenté (contenant une biographie en dix thèmes), M-M. Egger montre très bien combien notre salut, personnel et collectif, et celui de la nature sont indissociables. Il y a là une invitation à retrouver une relation avec tout ce qui n’est pas nous. »

En fin de recension, Jacques Briard notait que ce livre était paru en janvier 2012 avant le 20e anniversaire du Sommet de l’ONU organisé à Rio de Janeiro avec peu de résultats. Il le reliait à d’autres contributions comme le 1er Rassemblement œcuménique européen Paix, Justice et Sauvegarde de la Création tenu à Bâle en 1989 et autres démarches du Conseil Œcuménique à ce sujet, des contributions de théologiens comme André Wénin et le Sud-Africain Albert Nolan, ainsi que l’invitation faite en juillet 2013 par le pape François à l’Église du Brésil et d’ailleurs pour une conversion pastorale, l’engagement dans la société et – en citant le cas de l’Amazonie – le respect de toute la création. Soit une invitation qui, comme on doit le constater aujourd’hui, annonçait l’encyclique Laudato Si’.

Dans le livre Soigner l’esprit, guérir la Terre, M-M. Egger approfondit la question du dualisme entre l’humain et la terre en proposant une introduction  à l’écopsychologie. Ce mouvement est né dans les années 1990 aux États-Unis, s’est développé dans le monde anglo-saxon, mais est peu connu en Europe continentale. « Pour répondre à la crise écologique, nous devons être attentifs autant aux maladies de l’âme qu’aux dégâts à l’environnement », confiait cet été Egger à Bonne Nouvelle, revue de l’Église réformée vaudoise, en ajoutant : « Les deux sont interconnectés. Selon les écopsychologues, nous ne pourrons pas guérir l’être humain, sans restaurer la santé de la planète. » En d’autres mots, écologie et psychologie ont besoin l’une de l’autre pour résoudre la crise écologique.

Et le périodique protestant suisse ajoutait : « Les écopsys auxquels se réfère M-M. Egger nous disent à la croisée des chemins. Ils nous invitent à laisser de côté le déni – aussi dénoncé par le pape François dans sa récente encyclique sur la Création – et le découragement et à changer de cap. L’aventure essentielle de notre époque est d’aller vers un développement qui honore et célèbre la vie, basée sur des relations plus harmonieuses entre l’homme et la nature. »

À noter qu’en guise d’ouverture finale, l’ouvrage confronte l’écopsychologie au défi de la prise en compte de la dimension structurelle – politique et écologique – de la crise écologique. Car, on ne parviendra pas à guérir la Terre ni à soigner l’âme humaine, si l’on ignore les conditionnements socio-économiques qui pèsent sur les individus, via les modes de production et de consommation par exemple. Il ne s’agit pas de conduire la personne à se réadapter à un système malade, mais de l’aider à acquérir les ressources pour s’en libérer et œuvrer à sa transformation. L’enjeu est l’émergence d’une écopsychologie citoyenne.

Eglise-Wallonie, bulletin trimestriel du Mouvement Église-Wallonie, N° 3/2015

 

Ecologie et psychologie

En 2012, dans La Terre comme soi-même (préfacé par Pierre Rabhi, pionnier de l’agriculture biologique), Michel Maxime Egger avait exploré les pistes écospirituelles pour dépasser le dualisme entre Dieu et la nature. Cette fois, le sociologue et chrétien orthodoxe suisse approfondit la question du dualisme entre l’humain et la Terre. Il le fait dans une présentation à la fois synthétique, objective et critique de l’écopsychologie, qui est née à la fin du XXe siècle aux États-Unis pour se développer dans le monde anglo-saxon. Ce mouvement s’inspire notamment du psychanalyste Carl G. Jung et de l’écophilosophe bouddhiste Joanna Macy. Egger considère qu’on ne parviendra pas à guérir la Terre, ni à soigner l’âme humaine, si l’on ignore les conditionnements socioéconomiques qui pèsent sur les individus, via les modes de production et de consommation par exemple. De là, pour lui, l’enjeu de l’émergence d’une écopsychologie citoyenne.

Jacques Briard, L’Appel, No 385, mars 2016

 

Clair, accessible et synthétique

Michel Maxime Egger, fondateur du réseau Trilogies, est déjà l’auteur d’un livre original, paru en 2012, qui explore l’étroite relation qui unit l’homme à la nature, en se fondant sur certaines traditions de la pensée religieuse chrétienne, notamment la théologie orthodoxe. Dans son dernier ouvrage, il poursuit cette exploration en présentant au public français un courant né aux États-Unis dès le début des années 1990 : l’écopsychologie. Comme le sous-titre de l’ouvrage l’indique, l’intention de l’auteur est d’introduire le public francophone à un champ de recherches encore peu connu sur le Vieux Continent. Ce champ fondamentalement interdisciplinaire rassemble des compétences et des sensibilités diverses, des psychothérapeutes, des écologues et des environnementalistes. Elle réunit donc aussi bien théoriciens que praticiens et fait « de l’exploration des interrelations entre la psychè et la nature, ainsi que du mariage entre l’écologie et la psychologie, un projet explicite en réponse à a crise écologique ».

Egger présente un panorama des questions soulevées par l’écopsychologie tout en s’efforçant d’introduire aux principaux auteurs qui ont contribué au développement de ce courant de pensée. Chacune des quatre parties se termine par l’évocation d’une figure intellectuelle représentative du domaine : le psychiatre Carl Gustav Jung (1875- 1961), considéré comme l’un de ses principaux précurseurs ; le philosophe et environnementaliste Paul Shepard (1925-1996), pour qui répondre à la crise écologique passe par un retour aux sources du Pléistocène (selon le titre de l’un de ses ouvrages) ; l’historien et sociologue Theodore Roszak (1933-2011), auteur de l’expression « écopsychologie » et promoteur de l’hypothèse d’un inconscient écologique ; enfin, Joanna Macy (née en 1929), spécialiste de la théorie des systèmes, bouddhiste et protagoniste d’une méthode destinée à favoriser la transition vers une société écologique, celle du « travail qui relie ».

La première partie présente donc le décalage constaté par les écopsychologues entre l’abondance de l’information sur les problèmes écologiques et l’insuffisance des changements de comportement. Les écopsychologues y voient plusieurs raisons : entre autres, le déni de réalité, la dissociation entre ce que l’on sait et ce que l’on ressent émotionnellement (la peur, l’angoisse, etc.), le désir de se protéger de la culpabilité ou du sentiment d’impuissance face à des problèmes qui dépassent l’individu. À l’inverse, souligne Egger, il existe également une critique de la psychologie formulée par l’écologie et la politique. On peut critiquer les psychologues pour avoir omis la place de la nature dans les études sur le développement de la personnalité et de la vie psychique. Ils se satisfont également d’une vision atomisée d’un moi fondamentalement séparé des autres et de la nature non humaine ou, comme chez Freud, le rôle de la culture consiste précisément à contenir instincts et pulsions sexuelles.

Dans la deuxième partie de l’ouvrage, Egger entreprend d’exposer les causes profondes de la crise écologique. La radicalité de l’écopsychologie, dit-il, réside dans « l’approche de la crise écologique comme psychopathologie et la recherche de ses racines profondes – souvent inconscientes – au-delà des causes symptomatiques, politiques et économiques ». La cause première est la séparation de l’homme d’avec la nature qui s’est progressivement produite dans l’histoire de l’humanité. La réponse des écopsychologues consiste à adopter un nouveau paradigme.

Dans la troisième partie, Egger distingue trois axes principaux susceptibles d’en favoriser l’émergence. Le premier est celui de la connaissance qui doit désormais devenir « holistique, complexe et transdisciplinaire » et développer une autre conception de la nature et de la Terre. Le deuxième axe est celui du mode d’être de l’humain : nous sommes chacun « le fil d’une toile », « comme des cellules dans le corps du vaste organisme qu’est la planète Terre ». Le troisième axe concerne le mode de vie et d’agir qui suppose un travail pour se libérer de l’addiction à la consommation et s’engager à la simplicité de modes de vie plus durables ; apprendre à faire la différence entre vrais et faux besoins ; faire face à la souffrance et aux peurs générées par l’abandon de la consommation et des technologies. De nombreux écopsychologues voient chez les peuples premiers, les Amérindiens, les Indiens d’Amazonie ou certains peuples africains une illustration de cette forme de connaissance, de ces modes de vie, de cette compréhension de soi et de la nature qu’ils appellent de leurs vœux.

Dans la quatrième et dernière partie, Egger recense un éventail de pratiques écopsychologiques qui envisagent de nouvelles manières de prendre en charge les individus ou de renouer le lien à la nature : redéfinir l’espace physique de la thérapie en sortant du cabinet, se mettre à l’écoute du lieu que l’on habite, vivre la nature par le corps (à travers la perception subtile, l’attention, la méditation, la respiration, etc.), cultiver les jardins et pratiquer des séjours dans la « nature sauvage ». L’ouvrage de Egger se clôt par l’évocation de la dimension sociale, institutionnelle et politique des problèmes écologiques. Comme le constate l’auteur, « l’écopsychologie a globalement peu pris en compte cette dimension cruciale, qui ouvre sur la responsabilité non seulement des individus, mais des institutions – gouvernements, entreprises, organisations sociales et éducatives ». Confiné à la transformation intérieure de l’individu, le changement de paradigme voulu par l’écopsychologie ne peut qu’échouer. Il importe d’articuler le niveau de l’individu à celui du collectif.

On n’attendra pas de ce livre une réflexion critique sur l’écopsychologie et ses limites. Pourtant, l’éloge, chez de nombreux écopsychologues, du primitivisme, une sorte d’idéalisation du passé, prête le flanc à la critique de ce que l’on peut appeler le « mythe de l’Âge d’or », celui d’un monde harmonieux, sans technique, dont on voit mal comment il pourrait aujourd’hui susciter l’adhésion collective et constituer un programme. Ensuite, la valorisation particulière de la nature vierge et sauvage laisse entendre que l’activité humaine est (presque) toujours perturbatrice. Or cette affirmation n’est pas cohérente avec une autre thèse de l’écopsychologie, qui soutient que l’homme fait partie de la nature. Finalement, le recours à un inconscient écologique, comme chez Roszak, est une hypothèse audacieuse, mais lourde. En quoi un tel inconscient écologique peut-il alors contribuer aux solutions que l’humanité se doit d’apporter aux problèmes écologiques ? N’est-on pas ici renvoyé, au contraire, aux ressources d’une conscience écologique ?

Dans le champ de la pensée écologique, le livre de Michel Maxime Egger comble indiscutablement une lacune. Clair, accessible et synthétique dans la présentation des principales idées de l’écopsychologie, il fournit de plus au lecteur de nombreuses références pour approfondir le sujet.

Gérald Hess, Esprit, No 427, septembre 2016

 

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